Angel Parra: Au nom de la mère
Diciembre 10, 2008
L’écrivain chilien Angel Parra.
Il appartient à la mémoire de ceux qui se souviennent d’un certain 11 septembre, celui de 1973, du bruit sourd des chars dans les rues de Santiago du Chili, des avions qui bombardent le Palais de la Moneda, du suicide du président Salvador Allende. Le coup d’Etat du général Pinochet, mené avec l’appui des Etats-Unis, brisera dans le sang l’expérience du gouvernement de l’Unité populaire. Déportations, assassinats, disparitions ont plongé ce pays dans la douleur. Parmi les voix de ce Chili qui avait rêvé d’un possible changement, il y avait celle d’Angel Parra, chanteur.
Aujourd’hui, il se moque tendrement de la propension des Chiliens “à ressasser sans cesse” : “C’est dans notre nature. Nous sommes un peuple qui a toujours souffert.” Des souffrances, il en a eu son lot : interné au Stade national de Santiago, torturé, puis déporté pendant presque un an dans le camp de concentration de Chacabuco, dans le nord du pays, libéré grâce à l’intervention, entre autres, d’Yves Montand, de Charles Aznavour et de Joan Baez, et puis l’exil à Paris.
Il n’a rien oublié de tout cela, paraît apaisé quand-même, heureux, joyeux : “J’ai 64 ans, mon âge est le meilleur ami de ma vie.” L’écriture lui a sûrement apporté cette sérénité. Il s’y est mis sur le tard.
“Enfant, ma mère m’appelait « tortuguita”, petite tortue, parce que j’allais toujours lentement.” Il vient de publier, aux éditions Métailié, son premier roman, « Mains sur la nuque » (140 p., 16 €), récit du coup d’Etat vécu par Rafael, embarqué sans trop savoir pourquoi dans cette barbarie. Pour résister, le jeune homme raconte des histoires insaisissables où se mêlent imaginaire et humour. “Car l’humour libère l’esprit”, dit-il.
Il y aurait donc deux Angel Parra : le chanteur à la voix grave et engagée et le romancier à la plume légère et tendre. “Ce sont les différentes cordes d’une même guitare”, répond-il. Il reconnaît que ses chansons ” ont longtemps été au service de (ses) idéaux” et qu’il a fini par “reconnaître les faiblesses des discours, même si c’est douloureux de le découvrir”.
Son père, Luis Cereceda, cheminot, était membre du Parti communiste. A 12 ans, Angel “entre en politique”. C’est la seule école qu’il fréquentera. Pas de primaire, pas de secondaire, quelques fois l’université, “juste pour y chanter”. Parents séparés, il a été élevé par sa mère, Violeta. « Elle m’a tout appris.” Il a pris son nom.
Violeta Parra a inventé la nouvelle chanson chilienne, nourrie de musiques traditionnelles, de gens de tous les jours et de mots de lutte et d’amour. Poète et musicienne, elle a incarné la culture populaire chilienne. “Violeta Parra, c’est comme Edith Piaf en France”, résume Wiaz, dessinateur au Nouvel Observateur et ami d’Angel.
Il l’a rencontré à Santiago, en 1972, à la Peña de los Parra, qu’Angel et Isabel, sa soeur aînée, avaient ouverte en 1964. Violeta s’y était produite. Victor Jara aussi, qui a été assassiné par les militaires, ou le groupe Quilapayun, qui après le 11 septembre 1973 a battu les estrades de France avec ses ponchos noirs.
Le poète Pablo Neruda, l’écrivain argentin Julio Cortazar et tout ce qui comptait alors dans la vie artistique de Santiago venaient applaudir ou, plutôt, à cause de voisins insensibles à la musique, claquer des doigts. “On aurait dit l’envol de papillons”, sourit Angel Parra.
Wiaz a été le témoin de mariage d’Angel et de Ruth, une journaliste d’origine allemande. C’était plus tard, à Paris, après la prison et les sévices. Il dit s’en être sorti grâce à Ruth. Il a pu retourner au Chili, y retourne encore trois ou quatre fois par an pour voir son fils, Angel Parra, guitariste de jazz, et Javiera, sa fille, “princesse du rock”, et cet “autre pays désormais”. Là-bas, il est toujours proche du PC, par fidélité à son père, “et parce qu’ils sont de moins en moins nombreux”. A Paris, où il vit, il est “Ségolène”.
Wiaz et Parra déjeunent parfois ensemble : “J’aime sa force de vie, sa permanence vers l’avenir, confie le dessinateur. »Pour le taquiner, je lui dis qu’il va devenir le Compay Segundo du Chili.” Dans le petit appartement du 14e arrondissement où Angel Parra travaille à son prochain roman, une photo le montre en compagnie du chanteur cubain, mort en 2003. Elle a été prise par Wiaz.
L’album affectif d’Angel Parra comprend aussi Pablo Neruda, qui lui avait offert ses textes pour en faire des chansons, et qu’il trimballait par les rues de Santiago dans sa 2 CV : “Don Pablo était déjà assez fort, la voiture penchait sérieusement.” Il y a encore Atahualpa Yupanqui, poète et chanteur argentin exilé à Paris : “Au début des années 1960, on se retrouvait dans un bistrot.” Ou l’écrivain chilien Luis Sepulveda…
Il y a surtout Violeta, toujours au détour de sa mémoire, au coin d’une histoire. Comme en cette année 1962 où, invitée à se produire à un festival de la Jeunesse du monde à Helsinki, elle emmène sa fille et son fils. Quand la fête est finie, Isabel et Angel partent en Pologne, passent par la RDA, “pour ramasser des pommes de terre”, rejoignent Paris, où ils se produisent dans un cabaret. “Un soir, un type nous dit qu’une Chilienne chantait à quelques rues. C’était notre mère.”
En avril 1964, les tableaux de Violeta Parra, car elle était peintre aussi, sont exposés au Louvre. “Elle était la première artiste sud-américaine à être ainsi reconnue”, dit avec fierté son fils. Ces mêmes œuvres vont être installées à demeure dans une salle du palais de la Moneda, “celui qui a été bombardé par des avions chiliens commandés par des pilotes américains”. Le vernissage est prévu le 4 octobre : “C’est le jour de son anniversaire. Elle aurait eu 90 ans. C’est aussi quarante ans après sa mort.” Violeta s’est suicidée le 5 février 1967.
Angel a écrit un livre, non traduit, sur sa mère, « Violeta se fue a los cielos (“Violeta s’en est allée aux cieux”), et le réalisateur chilien Raul Ruiz va en faire un film. “Une mère comme celle-là marque à vie, constate Anne-Marie Métailié, son éditrice. Elle a ouvert Angel à la liberté. Cela qui a permis de résister aux épreuves, d’avoir de l’ironie vis-à-vis les choses du monde, sa forme de politesse.”
Quand il était détenu au camp de Chacabuco, Angel Parra avait obtenu l’autorisation des militaires de monter une chorale. Un dimanche matin, les prisonniers ont chanté l’Hymne à la joie.
Bruno Caussé – LE MONDE
[...] LEA AQUÍ LA ENTREVISTA A ÁNGEL PARRA [...]
Ojalá estuviese traducida al español.
De todas formas gracias, saludos a todos.
A l’attention de Angel Parra,
Je prépare actuellement un travail d’études universitaires sur le thème de la littératue et la prison. J’aurais aimé soumettre quelques questions à monsieur Parra :
- l’écriture de Mains sur la nuque s’est-lle imposée tôt ou bien est-elle le résultat d’une lente gestation”?
- 3Rafaël” aurait-il pu vivre en exil ?
Par avance merci de bien vouloir transmettre ma demande à monsieur Parra .
Sincères Salutations
Fr. L’Heveder